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Manga – L’homme qui marche

Avis à tout ceux pour qui le manga n’est que batailles sanguinaires de pouvoirs dantesques, aventures extraordinaires de personnages héroïques se dépassant pour devenir les meilleurs du monde et défendre leurs idéaux face à des ennemis binaires dont le seul but est d’éliminer toute vie sur terre ou tout opposant leur barrant la route. Avis à celles qui aiment les histoires sirupeuses d’adorables jeunes filles délicieuses en proie à des élans romantiques avec de beaux garçons à qui elle font la cour pour ne pas devenir leur petite-amie avant le 75 tome de la série qui s’achèvera dans un apothéose d’amour et plaisir. Les mangas susnommés ont beau avoir des qualités et être très distrayants, quelquefois, on a besoin de quelque chose d’autre. D’un petit ovni étrange et inattendu qui prend le pari d’oser de ne rien raconter sinon le plaisir hédoniste de la découverte des petits plaisirs du quotidien.

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Véritable haïku dessiné de main de maître par Jiro TANIGUCHI, L’Homme Qui Marche raconte simplement les ballades et expériences d’un homme qui marche. Il marche dans la rue, dans la campagne, dans la ville, dans la vie. Quelquefois seul, quelquefois accompagné, quelquefois sans but précis, il nous emmène de case en case, dans ses promenades silencieuses bercées au seul rythme des expériences vécues qu’il vit, porté au rythme du pouls de la nature, des rencontres et de ses envies. Celle de souffler dans un ballon d’enfant, de grimper à un arbre, de nager dans un piscine en pleine nuit, d’acheter un gâteau pour sa femme ou encore de longer les bords d’un fleuve pour admirer le vol des oiseaux.

Là où l’on pourrait croire que le livre serait d’un ennui profond, TANIGUCHI nous montre que tout le sel de la vie, dans un monde trop pressé qui perds certaines de ses valeurs essentielles est bien là, autour de nous. Il signifie avec poésie,  délicatesse et à grand renfort de cases à la fois détaillées et épurée, toute la singularité d’un tout petit rien et fait de l’anecdotique quelque chose d’essentiel et de singulier ; Une découverte riche en enrichissement et en petits bonheurs quotidiens. Comme dans une ballade dans un pays inconnu, l’œil du marcheur s’attarde sur les petits détails de sa vie quotidienne comme pour rappeler que l’on n’a nul besoin de voyager loin pour s’épanouir dans de simples et délicieuses découvertes.

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On retrouve dans L’Homme Qui Marche, tous les préceptes bouddhistes de découverte et de respect de la nature et des autres. Un précepte propre même au shinto qui pousse les japonais à faire une chose à la fois mais à la faire bien, avec toute son âme pour ne cesser de l’enrichir. Non pas dans un but égoïste mais dans celui de s’ouvrir sur le monde pour mieux le découvrir et en profiter sans le phagocyter. On retrouve tout la spécificité de la narration de TANIGUCHI que certains peuvent trouver paresseuse et poussive mais qui sait faire passer tout un flot d’émotion dans un simple regard, un simple plan sur la nature, un ressac de l’océan rappelant quelquefois même certains moments des films de l’immense réalisateur Terrence MALIK.

Ainsi même si L’Homme Qui Marche ne possède aucune intrigue et se révèle une suite de petits moments de vie, il se révèle d’un richesse sidérante, d’une simplicité déconcertante et se trouve être une douce parenthèse, une profonde respiration dans un monde stressé et trop sous pression. Un symbole fort dans la société japonaise.

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Cet album édité chez CASTERMAN écritures, se révèle meilleur au fur et à mesure des lectures, il gagne en profondeur, en maturité et en sens pour qui veut prendre la peine de le découvrir et se laisser aller comme on lâche prise et qu’on découvre avec des yeux d’enfant la beauté du monde qui nous entoure.

Piotr