Les petits conseils de Tonton Piotr – Quatre mariages, un entrainement (Part 2)
Ce billet est la suite de ce billet… Un matin de mariage, pour une mariée et ses témoins, c’est un peu comme entamer un marathon dont la première délivrance ne viendra qu’avec le fatidique « je le veux » puis par le départ sain et sauf du dernier invité qui aura eu le bon goût de ne pas s’endormir dans les rhododendrons du jardin en enlaçant le setter anglais de la famille. Un parcours du combattant qui se conclura dans une nuit d’amour torride si elle n’est pas interrompue par la somnolence inadéquate due à l’éthylisme excessif des époux respectifs.
Marie, témoin de sa copine Nathalie (voir le texte précédent) fut donc réveillée aux aurores par son amie en furie qui n’avait pas dormi de la nuit et fondait à ce moment là en larmes parce ses valises sous les yeux étaient aussi visibles qu’une girafe dans le Salar de Uyuni. Ni sa maman, sa sœur, ni quiconque n’osaient l’approuver et lui dire qu’elle avait une tête de panda de peur de la contrarier encore plus. On appelle ça la valise diplomatique, pas la peine d’en faire un incident. Heureusement, Marie, magicienne du maquillage malgré le fait qu’elle en utilise assez peu fit le nécessaire, ne me demandez pas la technique mesdemoiselles et mesdames, j’ai laissé Marie s’en occuper en filant habillée d’un jogging et d’un de mes t-shirt La Fraise (celui avec la banquise), au château de Nathalie et, il aurait fallu de toutes façons être une vraie souris pour se glisser dans la pièce pendant l’opération de remise à neuf et puis il y a pas écrit Sephora quoi.
Pendant ce temps là, je me préparais psychologiquement au mariage, phagocyté par mon oreiller, incrusté dans le matelas et à peine réveillé quand Marie pénétra dans la chambre comme une bombe, deux heures avant le mariage, pour me dire de me « sortir les doigts » (Marie a une élégance verbale toute à elle ou alors j’ai vraiment trop d’influence sur elle avec mes fréquentes logorrhées aux métaphores colorées). Puis fonçant sous la douche pour y chasser les traces délébiles de son réveil matinal elle me hurla de sortir sa robe, ses chaussures, de me mettre en costume et de tâcher de ressembler à autre chose qu’à un trappeur qui aurait piqué le costume d’un présentateur de J.T en taillant ma barbe, en lavant mes cheveux qui sentaient encore le cigare des inciviques fumeurs de la soirée d’hier et en mettant de son shampooing pour bébé avec de la crème hydratante pour gommer les cernes provoquées par les quelques coupes de champagne que j’avais absorbé la veille.
Car s’il est vrai que le champagne ne fait pas de marques, il laisse des traces. Marie en sait quelque chose mais ce n’était vraiment pas le matin pour ajouter à son stress une remarque désobligeante de ma part quand au grand canyon épidermique qu’avaient creusés les verres de rouges que Nathalie, ses copines et elles s’étaient enfilées la veille au soir. Je pense qu’elle s’était rendue compte d’elle même de la profondeur des tranchées quand elle me reprocha de ne pas lui en avoir fait la remarque, on m’y reprendra à être diplomate. Cela m’a permis au moins de comprendre le désarroi de Nathalie quand Marie ajouta que ses cernes avaient en plus de la profondeur que j’avais pu constater, une couleur pourpre/carmin qui tranchait agréablement avec le vert des yeux de Nathalie et le jaune marqué de sa peau. Ne jamais boire un petit coup de trop la veille de son mariage. Même dans le bordelais, ça fout le bordel.
Ainsi, me préparant avec le flegme tout anglophone de mes origines polonaises, je me glissais sous la douche glacée pour me réveiller, chaude pour me laver les cheveux et j’élaguais le maquis désordonné de poils de mon visage pour me donner à la fois un air artiste mais sérieux, intellectuel et moderne ou tout simplement « je m’en fous de l’air que ça te donnes, de toutes façons, t’es ni Tom Cruise, ni Brad Pitt, alors magne toi on va être en retard » comme le souligne souvent Marie avec son franc parler habituel qui me remet souvent sur terre quand j’ai l’audace de penser deux secondes être une arme de séduction massive. Le plus important était là, nous étions prêts, avions petit-déjeuné en quatrième vitesse sans s’en mettre partout et profitions, pour aller à l’église, de la voiture du cousin de Nathalie, un quarantenaire avec 3 enfants dont les 2 garçons se disputaient le prix du nain de jardin le plus hyper actif du monde mais dont petite fille que tomba sous le charme de mes blagues à deux balles, me confirmant que mon humour n’a pas évolué depuis le CE1. ça fait toujours plaisir.
C’était une jolie église malgré tout, très ancienne, un peu délabrée, on sentait dans ses murs le poids de la sagesse et des années de ceux qui l’avait occupée un peu comme pour la grand-mère de Nathalie qui, pour avoir discuté avec elle, en matière d’occupation, avait férocement participé à la résistance en organisant des foyers où elle piégeait les soldats allemands lors de la seconde guerre mondiale après avoir échappé au naufrage du Titanic et participé à la construction de la tour Eiffel quand elle avait 30 ans où elle était devenue très intime avec un certain Gustave qui essayant de la draguer en prétendant être l’ingénieur qui avait conçu la tour. Le fait est là, soit la grand-mère de Nathalie à 141 ans et elle ne les fait presque pas soit elle a totalement pété un plomb et je pencherai plus pour la seconde solution surtout quand a commencé à essayer de faire quelques pas sur la piste de danse, on aurait dit Elton John en train de faire un moonwalk.
Tous réunis dans cette église, il y avait un moment solennel, fort, le curé avec son fort accent du coin que j’adore illuminait la cérémonie de son sermon à l’humour féroce sur les couples d’hier et d’aujourd’hui, sans pour autant éclipser la beauté du couple et malgré les hurlements déchirants des enfants en bas-âge qui s’ennuyaient ferme et faisaient part de leur désarroi en salissant leurs couches ou en hurlant à la mort comme un porcelet qu’on égorge à l’Opinel. Malgré les enfants d’honneur endimanchés mais mignons comme tout mais un poil dissipés, les petits-garçons se curant le nez et tirant la robe des filles pour voir ce qu’il y a en-dessous et les petites-filles giflant les garçons décidément très entreprenants pour leur âge puis se recoiffant élégamment. Malgré les crissements de bancs, la presque chute du calice sur la robe de mariée, le son qui ne marchait pas bien et Marie qui me donnait des coups de coude à chaque fois que je piquais du nez.
La cérémonie se déroula bien, Nathalie est d’une famille de chasseurs et les trompes sonnaient dans l’église donnant l’impression de se marier dans une faille temporelle entre le moyen-âge et notre époque contemporaine. Les consentements furent échangés et on sentait dans l’air cette tension fatidique, cette épée de Damoclès qui sifflait sur leurs têtes et tant pis si je confonds les œuvres du fils d’Andromachos avec Andromaque tout court, il faut bien trouver la racine du stress du sacrement du mariage quelque part. Elle est ici, dans ce moment fatidique, point de non retour ou un oui vous engage pour la vie ou pour quelques jours quand on s’appelle Britney Spears et qu’on est tellement bourrée comme un canon à Navaronne qu’on va prendre son meilleur pote en épousailles devant un mec déguisé en Elvis qui célèbre des mariages comme une aspirante comédienne de série à deux balles se fait visiter par des producteurs érotomanes.
L’orgue sonnait à plein régime le signal de la sortie pour que nous puissions jeter comme des malpropres des kilos de riz sur les mariés alors qu’à quelques heures d’avion, des gens meurent de faim et doivent sucer des cailloux pour avoir l’impression de se mettre quelque chose sous la dent. Je dit alors à Marie qu’en guise de prospérité on pourrait jeter des pièces de 2 euros que la mariée pourrait ramasser avec sa traîne, comme on faisait quand on était petits pour ramasser des pommes pains ou des trucs comme ça en utilisant notre t-shirt relevé en panier. Marie rajouta avec un grand sourire qui marquait le début d’une remarque certainement cynique que c’est vrai que c’était une bonne idée, qu’on avait qu’à demander à tout le monde de balancer des trucs bien durs à la figure de la mariée, pourquoi pas des tirelire cochon, ou alors un coffre fort, ou même je sais pas moi, des lingots, des lingots bien lourds, histoire qu’en même temps que de défigurer l’un des jeunes mariés, l’argent provoque un mouvement de folie dans la foule et qu’un des enfants se retrouve écrasé sous le poids de cupides adultes parce qu’un génie a eu la brillante idée de jeter de l’argent aux mariés. Cette manière irremplaçable que Marie a de me dire que j’ai eu une idée à la con, puis de me faire un bisou en suivant me fait à chaque fois un bien fou, c’est bon de se sentir comme le dernier des imbéciles mais si c’est dit sans aucune méchanceté par la femme qu’on aime.
Je me mis donc à imaginer ce qu’on aurait pu leur jeter, des chouquettes, des choux à la crème (trop salissant), des bonbons, des pétales de rose (trop léger, ils vont nous revenir dans la figure) quand Marie me tira par le bras, la suite des évènements se profilait à l’horizon, le cocktail et le repas du soir. Moment mémorable où les témoins gaffeurs et les oncles bourrés se donnent en spectacle dans des PowerPoint désastreux et des discours hors de propos déclamés dans un flot de parole désordonné. Un des grands plaisirs du mariage.
La suite, next week…
Piotr
