Les nouveaux misérables – En cuisine ! (Part 4)
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Dans un coin de la taverne, comme hermétique à la fête, regardant l’agitation de la salle de son regard noir par-dessous ses sourcils fournis et la longue chevelure crasseuse couleur noir de jais, Simon Moordenaar, un hollandais apatride rejeté de son pays et déchu de sa nationalité pour des raisons que lui seul connaissait, était l’un des producteurs de rhum les plus influents de la Caraïbe, son rhum se dégustait et se vendait mieux que les services intimes des filles de joie après une année en mer tant sa saveur était reconnue et appréciée. Il avait la capacité d’enivrer au bout de deux gorgées le plus soulard des soudards habitué aux alcools les plus forts mais les délices qu’il offrait au palais était un bonheur des sens.
Suivant Valjean et John du regard, Simon ressemblait à la représentation que l’on se fait de la mort dans son grand linceul d’ébène, d’un teint cadavérique, cherchant du regard la prochaine victime dont elle viendra trancher le fil qui la relie au monde des vivants pour l’emmener dans les limbes douloureuses d’une vie de trépas. C’est simple, la salle était pleine à craquer mais personne n’osait s’asseoir à coté de Simon qui inquiétait les plus braves. Tout le monde le laissait tranquillement déguster son verre de rhum journalier qu’il avalait à toutes petites gorgées en griffonnant des lignes de texte et des dessins dans un grand carnet dont il ne fallait pas demander le contenu. Et tandis que Jonas Saint-Paul de la Hussarde hurlait comme un goret des chansons où il était question de pratiques sexuelles que même le plus pervers des obsédés sexuels réprimerait, Simon regardait Valjean Et John se séparer.
Ce dernier avait demandé à Valjean de chercher une place assise pendant qu’il allait chercher à boire. Et comme de par hasard, comme poussé par un instinct qui lui fait renifler les meilleures cuvées à 500 kilomètres à la ronde, Valjean vint s’asseoir à coté de Simon lequel regarda à peine ce géant prendre place à sa table sans même lui demander la permission. Tout d’un coup, la salle s’arrêta de parler. C’est comme si Valjean s’était assis à coté du diable, comme si une frontière vers un autre monde s’était ouvert, comme si l’apparition de quelque spectre terrifiant sorti du Flying Dutchman, le fameux bateau fantôme avait pris place dans la taverne.
Tous regardaient à présent Valjean et John qui se dirigeait vers lui avec deux bouteilles de rhum fraichement ouvertes. Simon ne sorti même pas un mot lorsque John vint s’asseoir à son tour. Il se contenta de lui jeter un regard plus appuyé, plus intéressé et releva même la capuche de son manteau pour dévoiler un visage que personne n’avait vraiment vu depuis des années. Tout le monde était silencieux, tout le monde craignait la réaction de Simon qui une fois avait tranché nette la tête la tête d’un jeune mousse qui avait eu le malheur de bousculer sa table renversant une petite goutte de son précieux verre. Le pauvre garçon avait ensuite été percé de plusieurs centaines de coups d’épée jusqu’à ressembler à une véritable grille de bateau qui sépare le pont supérieur du pont inférieur puis Simon avait emmené son corps au dehors pour le livrer aux chiens errants avant de retourner s’asseoir. Une histoire terrible qui avait circulé dans toutes les îles et que les pères de futurs corsaires sanguinaires contaient à leurs enfants pour les menacer d’appeler Simon s’ils venaient à ne pas vouloir s’endormir. Autant dire que les petits pirates avaient le sommeil lourd à cette époque.
La suite Next Week…
