Les nouveaux misérables – En cuisine ! (Part 4)
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Dans un coin de la taverne, comme hermétique à la fête, regardant l’agitation de la salle de son regard noir par-dessous ses sourcils fournis et la longue chevelure crasseuse couleur noir de jais, Simon Moordenaar, un hollandais apatride rejeté de son pays et déchu de sa nationalité pour des raisons que lui seul connaissait, était l’un des producteurs de rhum les plus influents de la Caraïbe, son rhum se dégustait et se vendait mieux que les services intimes des filles de joie après une année en mer tant sa saveur était reconnue et appréciée. Il avait la capacité d’enivrer au bout de deux gorgées le plus soulard des soudards habitué aux alcools les plus forts mais les délices qu’il offrait au palais était un bonheur des sens.
Suivant Valjean et John du regard, Simon ressemblait à la représentation que l’on se fait de la mort dans son grand linceul d’ébène, d’un teint cadavérique, cherchant du regard la prochaine victime dont elle viendra trancher le fil qui la relie au monde des vivants pour l’emmener dans les limbes douloureuses d’une vie de trépas. C’est simple, la salle était pleine à craquer mais personne n’osait s’asseoir à coté de Simon qui inquiétait les plus braves. Tout le monde le laissait tranquillement déguster son verre de rhum journalier qu’il avalait à toutes petites gorgées en griffonnant des lignes de texte et des dessins dans un grand carnet dont il ne fallait pas demander le contenu. Et tandis que Jonas Saint-Paul de la Hussarde hurlait comme un goret des chansons où il était question de pratiques sexuelles que même le plus pervers des obsédés sexuels réprimerait, Simon regardait Valjean Et John se séparer.
Ce dernier avait demandé à Valjean de chercher une place assise pendant qu’il allait chercher à boire. Et comme de par hasard, comme poussé par un instinct qui lui fait renifler les meilleures cuvées à 500 kilomètres à la ronde, Valjean vint s’asseoir à coté de Simon lequel regarda à peine ce géant prendre place à sa table sans même lui demander la permission. Tout d’un coup, la salle s’arrêta de parler. C’est comme si Valjean s’était assis à coté du diable, comme si une frontière vers un autre monde s’était ouvert, comme si l’apparition de quelque spectre terrifiant sorti du Flying Dutchman, le fameux bateau fantôme avait pris place dans la taverne.
Tous regardaient à présent Valjean et John qui se dirigeait vers lui avec deux bouteilles de rhum fraichement ouvertes. Simon ne sorti même pas un mot lorsque John vint s’asseoir à son tour. Il se contenta de lui jeter un regard plus appuyé, plus intéressé et releva même la capuche de son manteau pour dévoiler un visage que personne n’avait vraiment vu depuis des années. Tout le monde était silencieux, tout le monde craignait la réaction de Simon qui une fois avait tranché nette la tête la tête d’un jeune mousse qui avait eu le malheur de bousculer sa table renversant une petite goutte de son précieux verre. Le pauvre garçon avait ensuite été percé de plusieurs centaines de coups d’épée jusqu’à ressembler à une véritable grille de bateau qui sépare le pont supérieur du pont inférieur puis Simon avait emmené son corps au dehors pour le livrer aux chiens errants avant de retourner s’asseoir. Une histoire terrible qui avait circulé dans toutes les îles et que les pères de futurs corsaires sanguinaires contaient à leurs enfants pour les menacer d’appeler Simon s’ils venaient à ne pas vouloir s’endormir. Autant dire que les petits pirates avaient le sommeil lourd à cette époque.
La suite Next Week…
Les petits conseils de Tonton Piotr – Le malade pas imaginaire (part 3 et fin)
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Alors, enfin persuadée que sa toux n’était simplement qu’un petit coup de froid et non les prémices d’une mort annoncée (voir billet précédent pour l’explication), Marie pouvait commencer ses longues litanies plaintives sensées attirer ma pitié et faire appel à ma tendresse la plus cachée. Cet usage vil et totalement intéressé de son charme irrésistible n’a pour but que de me faire épouser sa cause et pour que je lui serve de laquais attitré pour accéder à toutes ses envies, lui apporter chocolat chaud, petits marshmallows, cuillères de miel, lui trouver quelques films pour l’ordinateur et dans le même temps ne pas trop la déranger et pas trop la couver parce qu’elle n’est quand même pas une assistée, il faut pas déconner et le tout sans même oser penser à me plaindre, parce que ce n’est pas moi qui suis malade et forcément, je ne me rend pas compte de ce que ça fait.
Humainement, je suis un roc inébranlable. J’ai demandé à sa maman, Marie a cette attitude depuis toute petite, asservissant totalement son papa totalement fondu de sa progéniture à la crinière rousse et aux yeux bleus larmoyants de fièvre qui la font ressembler à s’y méprendre à un petit chaton mainecoon à dreadlocks, miaulant de façon sibylline de petits couinements stridents pour obtenir la pitié de celui à qui ils s’adressent.
C’est amusant d’ailleurs car comme attiré par cette analogie, le chat choisi généralement la période durant laquelle Marie est malade pour aller réclamer à sa maîtresse son surplus de caresses et de papouilles. De rattraper ces séances où dans des miaulements déchirants il réclame l’affection de sa maitresse trop occupée à se maquiller le matin ou à faire des gaufres le soir.
C’est donc l’occasion idéale pour moi de vous expliquer le phénomène physique absolument fascinant de combinaison de la chaleur. Mettez un chat à la fourrure foisonnante, véritable bouillotte à quatre patte en présence d’une chevelure débridée captant particulièrement la chaleur et appartenant à une belle jeune femme à 39 de fièvre avec un ordinateur sur les genoux. Placez le tout sous une couette en duvet d’oie avec une écharpe et une grand bol de chocolat chaud et vous obtiendrez une véritable centrale thermique dont la chaleur intrinsèque dégagée est inversement proportionnelle à son quotient de patience.
Il n’est pas alors étonnant en ces circonstances de sudation tropicale de ne plus pouvoir approcher Marie. La créature si douce et si délicieuse d’habitude qu’est ma compagne se transforme en fauve enragé qui hurle sur tout ce qui bouge, ne supporte même pas le grincement d’une porte, trouve son chocolat trop chaud, déteste le pain trop grillé, ou trop blanc, ou pas assez croquant ou avec trop de beurre de cacahuètes, ou sans, ou avec du Nutella. Elle réclame du jus d’orange, non du jus d’abricot, à deux heures du matin, joue au boomerang avec Gene Kelly, l’envoyant voler, Gene Kelly revenant, Marie l’envoyant voler à nouveau et ainsi de suite.
A croire que ce chat a capté chez nous des caractéristiques à la manière d’un enfant singerai les attitudes de ces parents. Ne m’imaginez pas comme l’un de ces maitres qui traite sa bébête comme sa propre progéniture et sans abhorrer ce genre d’attitude, la comprenant même, je ne pense pas que Marie et moi soyons gaga du chat au point de trouver si mignonnes ces lacérations profondes qu’il imprime dans nos avant-bras et nos mollets à grands coups de griffes contondantes qui font qu’en tant que grands cinéphiles, nous lui donnons le sobriquet de Gene Freddy lors de ses pétages de plombs nocturnes. Les connaisseurs apprécieront, les curieux chercheront, les autres devraient sorti un peu quand même.
Mais ce ne sont pas seules précautions à prendre avec Marie lorsqu’elle est malade. Il faut ajuster le chauffage à la seconde, ne pas trop chauffer son repas, ne pas la regarder, de pas tenter un câlin sauf si elle en est l’instigatrice et se méfier lorsqu’elle est en est l’instigatrice parce que c’est un coup à avoir l’impression de serrer un piano de cuisine à plein régime dans ses gras. Ne pas tenter de blagues, ne pas lui montrer de film en V.O et ne pas argumenter sur le sujet, son cerveau coupe automatiquement la reconnaissance vocale dans la langue de Shakespeare. La laisser ranger le dressing quand ça lui prend, même si elle hurle, même à 5heures du matin, même s’il faut l’aider… Et enfin, surtout, surtout ne pas lui demande si ça va, c’est un autre point qui nous rejoint.
En effet, quand on est au bord de l’épuisement, quand on a les yeux qui brille et que l’on respire par la bouche avec des râles de supplicié, quand on a l’air d’être à l’article de la mort, le moindre des mots à ne pas avoir est de nous demander si ça va parce que non ça ne va pas ! On ne demande pas à un homme qui a le bras déboité et l’os qui sort de l’avant bras après avoir un peu trop forcé pour ouvrir une huitre si ça va bien, on ne demande si un homme qui crache du sang par les oreilles après avoir écouté du Christophe Mae si ça va, on ne s’informe pas de la santé mentale de quelqu’un qui va voir un épisode de Twilight alors on ne nous demande pas si, lorsque nous émettons des volutes de chaleur comme l’horizon d’une route de campagne de l’Hérault en plein été, si ça va. Ce n’est pas le cas, ce n’est jamais le cas.
Et c’est une chance que nous soyons tombé l’un sur l’autre Marie et moi, parce que personne, ou peu de personnes ne sauraient supporter l’insupportable douleur de nous servir de garde malade. Même le chat en a marre et gratte à la porte non pas pour sortir mais pour échapper à la possibilité d’explosion imminente qui existe à chaque fois que nous contractons un virus quelconque. Vous voilà prévenu.
Les nouveaux misérables – En cuisine ! (Part 3)
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L’arrivée Valjean à Tortuga ne fit sourciller personne. Le géant taillé dans le marbre le plus solide, le forçat aux épaules aussi puissantes que celles d’un cervidé adulte particulièrement musculeux, le titan au cou qui semblait même à l’épreuve de la plus tranchante des cognées maniée par le plus vaillant des bûcherons, il passait pour un famélique adolescent boutonneux en regard des horribles faciès et des corps disproportionnés, à la fois monstrueusement athlétiques et atrocement mutilés des pirates qui résidaient à Tortuga entre deux tueries et massacres dans les îles et mer avoisinantes.
De la chienlit, des ersatz d’humains à la frontière de la bête, la bave aux lèvres, l’œil torve, le cuir tanné, brûlé, rongé par le sel et livré transpirant pendant des heures entières de mer étale et de vent inerte à la morsure vénéneuse des rayons du soleil des tropiques qui parcourent des millions de kilomètres dans l’espace avant de se refléter avec une patience sadique sur la danse hypnotisante des vagues lascives qui meurent sur les flancs vérolés de ces vaisseaux de mort phagocytés dans des années de massacres d’innocents. Tous les marins, les capitaines, les mousses de Tortuga paraissaient deux fois leur âge. Les jeunes paraissaient adultes, les adultes, vieillards, et les vieillards, centenaires.
Et le seul centenaire, Jonas Saint-Paul de la Hussarde, paraissait être sorti de sa tombe, nul n’avait jamais su dire son âge et chacun, même le second plus âgé de l’île, l’avaient connu vieux. Jonas lui-même avait toutes les difficultés du monde à se souvenir de son enfance et ne savait même plus comment il était arrivé ici. Cet homme que la mort avait oublié était maigre comme un clou, rabougri, bossu, la barbe hirsute, l’œil enfoncé dans l’orbite, deux jambes de bois, un crochet à la main, la bouche édentée, les ongles arrachés et longs, les cheveux blancs filasses et sales, il se remarquait tant par son don d’ubiquité (on le voyait absolument partout), par l’odeur pestilentielle qu’il dégageait, mélange subtil d’excréments, d’urine, de cargaison de crevetier, d’alcool rance et de charogne humaine que par sa voix particulièrement puissante pour son âge.
Sénile et sourd, au delà-même de ce que l’on peut donner comme définition caricaturale de la surdité, depuis qu’il avait fait sa sieste près d’un sabord, Jonas ne parlait pas, il hurlait à s’en décrocher les cordes vocales. Plutôt dérangeant lors d’une embuscade silencieuse sur un contingent anglais à l’ancre pendant la nuit dans une petite crique d’un îlot perdu mais une aubaine lorsque la fête battait son plein et que l’on peinait à entendre la moindre parole au milieu des cris déchainés et des hurlement porcins des filles de joie qui se faisaient trousser par des marins qui chantent devant un tableau du port d’Amsterdam volé sur une riche goélette hollandaise.
Il faut dire que l’ambiance de Tortuga était fleurie, passionnante et étonnante. Le jour, les étals proposaient au troc les marchandises détroussées la vieille comme une macabre braderie des seules possessions des infortunés qui avaient eu le malheur de faire une mauvaise rencontre en mer. Les restaurants proposaient une cuisine métissée d’Asie, d’Amérique du Sud, des Amériques, d’Afrique et d’Europe relevée de purée de piments si puissants qu’il donnaient presque instantanément des hémorroïdes de la taille d’un petit baril de rhum arrangé. Et les quelques chiens encore valides et vivants, étaient engraissés avec les reliefs des festins faits par les pirates, le temps qu’il fassent deux ou trois portées afin d’assurer l’approvisionnement d’une viande particulièrement savoureuse que l’on ne mangeait que les jours de fête pour remplacer la dinde.
Et la nuit… L’ambiance était formidable. Les habitants déchainés. Tranchant soudainement la gorge de l’un comme on découpe un jambon ibérique, puis partageant son cadavre détroussé avec le cousin de ce dernier. Vociférant des insultes avec une haleine de cadavre de poney avancée à sa demi-sœur pour aller la violer ensuite derrière les palmes d’un arbuste tombé avec le dernier cyclone. Se battant pendant des heures avant de se trancher une veine et asperger tout le monde dans l’établissement. La fête était partout et les ruelles sinueuses et pentues de Tortuga s’illuminaient des éclats de rire, d’un chaude musique et des Torches Humaines, ces pirates que l’on recouvrait d’huile de roche et d’alcool frelaté avant de les enflammer, comme ça, juste pour déconner comme pour prouver que, malgré les apparence, les pirates avaient aussi le sens de l’humour.
Tous donnaient l’impression d’être une gigantesque famille qui tour à tour se déchire, s’aime, s’enivre, se hait, se massacre, s’insulte et se complimente, s’entraide et s’affronte sans jamais descendre en-dessous des 2 bouteilles de Rhum journalières.
Les petits conseils de Tonton Piotr – Le malade pas imaginaire (part 2)
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Je commence ce billet avec la marque capillaire d’une grande claque derrière la tête. Dégustant un Dafalgan avec un Perrier menthe, les trois servis par une Marie en colère, remontée comme un de ces vieux réveils matins qui font un bruit d’horloge à balancier. Marie, qui a depuis longtemps pris l’habitude de lire mes billets sans plus se formaliser que ça et a même appris à ignorer les remarques moqueuses de ses copines qui prennent au pied de la lettre les récits que je fais de nos aventures conjugales. Ma Marie a relevé ma petite allusion à son coté hypocondriaque. Et croyez-moi, il ne faut jamais traiter une hypocondriaque d’hypocondriaque c’est un coup à devenir parano. Les représailles auxquelles je m’expose en continuant de parler d’elle et en vous racontant les anecdotes que je vais vous raconter sont assez minimes. Ils ont été négociés ferme contre deux mois de changement de la litière du chat, un week-end en amoureux à la campagne, un mois de vacances chez mes beaux-parents avec le sourire et enfin et surtout la promesse de ne pas ronchonner en permanence contre la bêtise pharaonique de mes concitoyens. Oui, elle est dure en affaire et encore ce n’est rien, imaginez ce que j’ai du négocier pour les futurs billets. Je me suis endetté pour plusieurs années et à ce rythme là, je risque de changer non seulement la litière de Gene Kelly mais aussi les montagnes de couches de nos futurs bébés. Aujourd’hui comme demain, je suis pas dans la merde sans mauvais jeu de mots.
Tenez, par exemple, Marie s’est levée ce matin, un peu fatiguée de sa journée de la veille, après avoir travaillé comme une damnée pour un patron aussi reconnaissant pour ses employés qu’un manager de McDonald’s, acariâtre, vénal et gastronome l’est avec les siens en leur demandant, malgré leurs études longues et épuisantes, de se pointer à des heures hindues et de servir en boucle à ses clients les 20 hamburgers préparés ce matin qui par un accident malheureux avaient été rangés la poubelle les uns sur les autres parce que c’est vrai il faut pas jeter. Epuisée donc par la bêtise de son patron qui lui en veut personnellement de ne pas accepter de se faire mettre une main aux fesses ou de se faire faire la bise le matin alors qu’il est un homme bien sur lui qui ne boit que deux irishs coffee le matin avec ses tartines beurre-confiture d’orange.
Lente, épuisée, Marie était persuadée d’avoir chopé la tuberculose ou pire, Ebola, après qu’un passager du métro se soit vidé les poumons dans le wagon qui nous ramenait à la maison hier soir après une soirée réparatrice que le lui ait offert dans une restaurant délicieux du 13ème arrondissement.
Il suffisait pourtant de regarder le sieur en question, les yeux injectés de sang, brillants comme Venus au lever du jour, la bave aux lèvres et le verbe hésitant dans une langue slave, il s’était affalé sur la banquette du métro avec l’élégance d’un sac de militaire dans la camionnette dégueulasse d’une prostituée du bois de Boulogne et s’était mis à tousser, rejetant des volutes de fumée et des odeurs dont on peinait à distinguer l’odeur du tabac au milieu des effluves de cannabis et autre sauge et herbes de provence.
Mais là où tout le monde ne voyait clairement qu’un homme passablement partis dans les limbes de son esprit, pris par la main par madame Marie-Jeanne, Marie était persuadé d’avoir à coté d’elle un échappé du moyen-âge ou d’un quelconque pays du tiers monde où le typhus et le choléra étaient aussi courants que le rhume des foins chez un asthmatique couché dans un grand champs de blé en plein été à la campagne sous un soleil de plomb et une légère brise. Se rejetant aussitôt en arrière, transie de peur derrière moi, une main sur mon visage pour m’éviter les virus, la main sur sa bouche et ses narines pour éviter que le moindre microbe ne fasse son chemin jusqu’à ses muqueuses nasales pour lui transmettre le moindre miasme, Marie psychotait. Dans son esprit, elle était déjà contaminée. Dans son esprit, cet être vil lui avait transmis sa maladie mortelle, sa toux caverneuse d’orgue antédiluvien l’affolait et sa déliquescence n’était pas là pour la rassurer, elle suintait jusque dans le plastique des sièges maculés du travail de fourmi de ces adolescents abrutis qui écrivent leurs noms partout comme pour être sur de ne pas l’oublier. Une abomination.
Alors imaginez, quand elle se leva ce matin, affaiblie, ayant eu du mal à trouver le sommeil, paniquée à la fois par la perspective de mourir en se vidant de ses poumons atteinte d’une fièvre hémorragique ou d’une tuberculose qui l’empêcherait de mettre un jour nos enfants au monde et l’obligerait à me quitter pour aller bouffer des pissenlits par la racine. Mais elle était lucide, après sa mort dans de tragiques conditions et malgré des heures passer à l’accompagner sur son lit de mort, un masque antibactérien sur le nez, elle savait que j’allais vite la remplacer. Moi, le salaud sans coeur, je l’oublierai bien vite, une fois dans sa tombe, dévorée par les vers.
Je lui ait bien répondu que non, qu’un jour, je me réveillerai coupable, je m’en voudrais de m’être foutu de sa gueule, de ne pas l’avoir prise au sérieux lorsqu’elle m’avait dit que cet homme était dangereux, mortel même. Que je réaliserait qu’en plus d’avoir tué celle que j’aime plus que je n’ai jamais aimé une femme de ma vie, cet homme était responsable, l’épicentre de l’épidémie qui avait éradiqué la race humaine de la surface de la planète.
Alors, je mettrais toute ma maigre fortune au service de la recherche astrophysique, je défierais les lois de l’univers et braverais le continuum espace-temps pour découvrir une manière de remonter les années. Je me propulserai dans le passé pour prendre ce métro sous une fausse identité. Peut-être avec une sorte de masque polymorphe qui me fera ressembler à cette énorme pouffiasse à gros seins, maquillée comme un auguste bourré à l’absinthe, avec une surface vestimentaire proche de la feuille de papier-toilette sur un terrain de football. Cette même poufiasse pour ne pas dire poufiot, doute étant émis sur la véracité de attributs féminins (du bas), qui s’est mise à lui parler en engageant un dialogue que même Champollion, pourtant homme de patience, aurait renoncé à traduire.
La mort était alors nécessaire pour qu’une nouvelle branche du temps s’enclenche, une branche dans laquelle elle serait vivante, moi aussi et la planète entière. Elle et moi auront alors sauvé l’humanité sans que l’humanité ne le sache. Mais me trouvant dans le passé à deux endroits à la fois, sous la forme du Piotr d’aujourd’hui et sous la forme (éventuelle, je n’ai pas encore choisi) de cet infect travesti brésilio-rom je devrais la laisser seule avec mon moi du métro partant vers une avenir, où ne se sachant pas sauvée elle flipperait, mais guérirait. Ignorant que dans une réalité parallèle où elle était morte, je devais vivre seul, sans elle et la sachant sauvée, je pourrai, à 103 ans mais bien conservé grâce aux techniques du futur, envisager une nouvelle vie avec une nouvelle femme tandis qu’elle virait sa vie avec un second moi, une vie peut-être heureuse où sa maladie n’était que dans sa tête.
Et d’ailleurs, qui sait, c’est surement ce qui est arrivé hier soir, ce travelo affreux cherchant un client auprès de cet homme malade, c’était certainement moi remontant le temps pour sauver celle que j’aime, nous devons être dans la réalité parallèle. Cet embranchement qu’aura pris le temps où nous pouvons me remercier de nous avoir sauvé, où Maie n’a pas eu le temps d’être contaminée et dans laquelle, ce matin, elle est comme d’habitude, juste hypocondriaque. Elle aurait du simplement du mettre un pull comme je lui avait dit, et qu’avec un petit lait chaud, des biscuits au miel, une bonne couverture et un ou deux Dafalgan ça va passer ?
Inutile de vous dire que les hypocondriaques n’ont pas d’humour quand on leur parle de leur maladie et que le regard que me lança Marie au moment de ma tirade fleurait bon ces pelotons d’exécution que l’on voit dans les pays communistes lorsqu’un individu à eu le malheur de voler une pomme pour nourrir ses huit enfants… Car voilà quand Marie est malade, elle est malade et hypocondriaque ou pas, le plus solide et patient des urgentistes ne saurait faire preuve de mon angélique patience pour faire face aux furieux déchainements de rage et d’irritabilité dont Marie fait preuve dans ces moments où sa santé flanche.
Les nouveaux misérables – En cuisine ! (Part 2)
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C’était son domaine, son antre, sa maison dans la maison, son repaire. Dans sa cave à alcools, Valjean se sentait bien, heureux, loin des vicissitudes et des vaines agitations d’un monde égoïste qui ne le comprenait pas. Accroché au mur, à droite de l’escalier qui arrivait à la cave, se trouvait l’entrée de sa cachette de Super Valjean, l’identité secrète que Jean Valjean utilisait pour aller sauver la veuve et l’orphelin en sautant lourdement de toit en toit, pulvérisant des charpentes entières à chaque atterrissage, arrachant des gouttières à chaque faux pas, expulsant quelquefois le squelette des malfrats de leurs corps lorsqu’il leur bondissait dessus depuis le haut de certains pour les arrêter lorsqu’ils passaient dans la rue, leur méfait accomplis. Tout le monde bénissait ce super-héros inconnu mais cela tenait à chaque fois du miracle si Jean Valjean en revenait vivant car la place de sa tanière de super-héros n’était pas due au hasard. L’alcool était le carburant de Super-Valjean et il tournait à 8 ou 9 grammes à chaque fois qu’il s’élançait, le pas hésitant, titubant, à la poursuite des méchants.
Sa cave était vraiment une merveille, Valjean en était fier. Personne dans Paris, pas même la plus riche des ambassades ni même le commissaire Javert ne possédaient le choix de bouteilles et de grands-crus et d’alcools extraordinaires que Valjean détenait dans sa cave. Liqueurs de fruits de toute sorte, Romanée-Conti, Cheval-Blanc, Saint-Estèphe, Château Yquem des plus belles années et des années plus récentes pour les vins de table, Valjean était fourni pas les plus grands vignobles français qui le comptaient parmi leurs meilleurs clients. En attrapant, une bouteille de rhum de 300 ans d’âge, Valjean se remémora avec émotion comment les caisses dont il l’avait tirée étaient entrées dans sa possession.
Il était jeune à l’époque, la chevelure longue, le regard perçant, il revenait à pieds de Russie et était détruit, le cœur meurtri de sa rupture avec sa jeune et magnifique cantatrice qui deviendra plus tard l’une des plus immenses star du monde et qu’il reverra en compagnie de Cosette à l’Opéra. Décidé à ne pas se laisser abattre, Valjean parti aux Antilles pour rejoindre l’un de ses amis qui y résidait. Le trajet en bateau était relativement dur pour tout un chacun et il n’était pas rare de perdre une quinzaine de marins à chaque traversée, atteint du dysenterie, de rage, de typhus ou du choléra. Mais rien n’atteignait Valjean dans sa tristesse.
La maladie n’avait aucune prise sur lui et même lors des tempêtes terribles, alors que les passagers vomissaient les uns après les autres, faisant sonner, sur et sous le pont de l’esquif ballotté par les flots, un concert assourdissant, un canon et un chœur écœurant de gorges qui se vident les unes après les autres de leurs contenus stomacaux. Même dans ses instants terribles, Valjean était raide comme la justice, inflexible, stoïque, les cheveux rongés par le sel marin flottant dans le vent alors que le plus solide des hommes flanchait pour n’être réduit qu’à l’état de bête aux milieu des tranchantes lames de fond de l’atlantique qui avaient envoyé plus d’un équipage aux mâchoires acérées des vagues ou dans celles affamées des requins qui suivaient les navires dans l’attente qu’un corps de marin fut jeté à la mer par accident ou après que la vie l’ai quitté.
Cette traversée fut, de mémoire de marin, la plus terrible qu’ait jamais connu la navigation maritime. Des 110 passagers embarqués seuls le capitaine du bateau et Jean Valjean paraissaient avoir quitté la France un jour plus tôt alors que les autres donnaient l’impression d’avoir pris une quinzaine d’années. Le futur tuteur de Cosette débarqua le pied alerte sous une accablante chaleur, de celle qui précède les plus terribles des cyclones. Son ami John l’attendait sur le port de la Havane prêt à lui changer les idées et ils embarquèrent directement dans sa petite calèche direction sa plantation de cannes à sucre.
John était l’un des plus riches propriétaires de la région, sa plantation couvrait des milliers d’hectares. Par centaines, les esclaves trimaient dans les plantations de l’île mais John les traitaient avec plus humanité que ses voisins. Là où certains passaient leur temps à les fouetter jusqu’au sang avec violence et sadisme en les traitant d’animaux et les considéraient plus bas que le plus vérolé des chiens sauvages, John lui les traitaient très bien, ils avaient le gîte et le couvert, les laissaient vivre leur vie et gérer leur travail et ne leur demandaient qu’une obligation de résultat. Par contre, ci cette dernière n’était pas remplie à la fin de la période donnée, Igor l’assistant personnel et très bon ami de John sévissait.
Igor était le fils d’un Cubain d’origine Belge et d’une Brésilienne d’origine Norvégienne qui avaient décidé de s’installer sur l’île. Igor, véritable géant à la voix caverneuse, musclé comme un Grizzly sous stéroïdes, les arcades sourcilières proéminentes, était impressionnant, si l’on pouvait deviner sans trop se creuser les méninges qu’il était à peine plus intelligent que la selle de cheval sur laquelle il passait sa journée, il savait y faire pour faire travailler les esclaves dans la douceur. Malgré la pauvreté affligeante de son intellect, il était d’accord avec John pour ne leur jamais leur donner un coup de fouet, ce n’était pas productif, ça lui faisait perdre de l’énergie et ça le faisait transpirer au soleil. John et lui avaient mis au point une technique plus efficace. Tellement efficace qu’elle faisait de l’exploitation de John la plus rentable du pays.
Le lendemain du jour donné pour obtenir les objectifs, si le contrat était rempli, Igor félicitait les esclaves, leur donnait une journée de congé pour qu’ils puissent aller claquer leur paye à grands coups d’alcool et de putes syphilisées. Mais si l’objectif n’était pas rempli ou si l’un des esclaves ne revenait pas après son jour de congé… Igor prenait une personne au hasard parmi les esclaves, chacun était désigné d’un numéro, ça pouvait tomber sur la plus gros des fainéants, comme sur le plus travailleur de tous. Sur une femme, un homme valide, un estropié, un vieux ou un enfant. Et le malheureux choisi était mutilé, fouetté, lapidé, puis abattu sur place, son corps sans vie était alors plongé dans un tonneau d’alcool pur et embrasé après avoir été empalé sur une grande pique sur laquelle étaient gravés les mots « le travail c’est la santé, ne rien faire c’est la perdre ». Il pouvait manquer 150 litres ou 31 cl, c’était la même chose. Il fallait le résultat donné et même le dépasser pour honorer les commandes.
Valjean reconnaissait là la bonté de John. Habiter dans le trou du cul du monde ne l’avait pas changé. Sa plantation en tous cas était magnifique, splendide, une véritable merveille pour se reposer en sirotant une vingtaine de bouteille de Rhum au soleil couchant en attendant qu’une magnifique et jeune esclave à peine pubère dorée comme un plancher d’ébène et les seins comme des fruits murs ne vous rejoigne dans votre couche pour vous offrir une nuit d’amour épuisante et quelques morpions aussi résistants à l’arrachage qu’une moule sur un rocher de la rade de Brest. Le lendemain, Valjean se sentait déjà un peu mieux, mais John n’était pas la moitié d’un ami, il lui avait réservé une surprise. Il allait l’emmener dans son île favorite, non loin de La Havane, à une petite journée de bateau: Tortuga.
A cette époque, Tortuga était le repère de la lie de l’humanité, tout ce qui se faisait de plus détestable, de plus misérable, de plus ignoble dans le genre humain s’y donnait rendez-vous. Chasseurs de trésors, chasseurs de tête, maniaques, corsaires, meurtriers, violeurs, assassins, pirates, prostituées, travestis, marchands d’esclaves, esclavagistes, trafiquants d’organes, voleurs, serial-killers, liquidateurs, tyrans, dictateurs, supporters de football ou candidats de téléréalité, Tortuga était à la fois un véritable coupe-gorge, un lieu puant, moite, sale et sordide et l’épicentre de toutes les maladies vénériennes qui allaient envahir le monde des années plus tard. Un lieu où Valjean s’était senti comme un poisson dans l’eau, l’ile où il avait trouvé ces caisses d’une cuvée très spéciale qu’il voulait donner à Cosette pour son baba au rhum.
John Jeudmo La saga des marques 04
Dernier numéro de John Jeudmo. Par envie de passer à autre chose, je vous ferai voyager à partir de la semaine prochaine avec des anecdotes de voyages de tous les pays où je suis passé et où j’ai habité. La semaine prochaine également, toutes les solutions à toutes les énigmes mises en ligne sur ce site. Libre à vous de vouloir les télécharger ou les chercher vous-même. A très vite
Piotr
Les petits conseils de Tonton Piotr – Le malade pas imaginaire (part 1)
Il n’y a pas un jour qui passe sans que je bénisse le ciel d’avoir mis Marie sur mon chemin, spécialement lorsque je suis malade ce qui fort heureusement ne m’arrive pas très souvent. Car si je suis plutôt du genre malade occasionnel, les microbes incriminés se donnent à chaque fois le mot pour regrouper en une seule fois toutes les tentatives ratées de s’acharner sur ma carcasse meurtrie. Comme s’ils se disaient, que cette fois là, ils me tenaient et allaient m’en faire baver comme jamais. Épuisé de fatigue, éternuant mon mucus au rythme endiablé d’une lambada nasale et me mouchant à flinguer un séquoia en mouchoirs en papier, je devient alors l’équivalent d’un berger allemand acariâtre à qui l’on aurait branché les testicules sur le secteur au moyen d’un câble haute-tension histoire d’en savourer le moindre petit volt: Un brin irritable et chatouilleux sur les bords avec la patience de celui dont la fille joue du xylophone depuis 45 minutes devant la télé alors qu’il y regarde un débat endiablé sur l’euthanasie.
La patience de Marie est formidable dans ses moments là. Alors que je râle comme un putois et respire bruyamment pour tenter d’attraper les quelques goulées d’air qui parviennent à se frayer un chemin entre mes sinus meurtris et ma gorge enflammée, Marie avec la patience d’un ange qui la caractérise veille à mon chevet, me proposant régulièrement de m’aider à rédiger mon testament lorsque après une crise d’éternuement je dis que je vais crever et me compare avec humour à un cocaïnomane en phase ultime de manque lorsque mes yeux boursoufles et mon nez tuméfié sont aussi rouges que le drapeau de l’empire du milieu.
Et de milieu, justement, il n’y en a point lorsque je suis malade et c’est bien ça qui fait la particularité de Marie de supporter un caractère pareil. Lorsque je ne dors pas, je végète. Quand je végète, je suis inactif. Et quand je suis inactif, ça m’énerve ! Rester en place une seconde, me sentir diminué, incapable de soulever un cuillère pour bouffer à yaourt à la con me met dans un état de colère intérieure tel que je grogne intérieurement et extérieurement, un autre point me rapprochant du berger allemand susnommé qui a toujours les couilles sur 220V et plus je grogne, plus Marie reste impassible, totalement stoïque, pénétrée d’une profonde paix intérieure tel un roseau qui plie mais ne rompt pas, un moine zen à coté c’est une pile Duracell sous Guronzan.
Ma thérapie pour me soigner, c’est le sommeil, la thérapie de Marie, c’est l’humour. Quand je lui dit qu’au moins comme ça elle a une vague idée de ce à quoi je ressemblerai quand je serai vieux, la démarche grabataire d’un escargot sous xanax, le verbe nourri mais la voix chevrotante comme si elle était passé au travers d’un synthétiseur de voix à la frontière entre celle d’un Terminator et d’un marteau-piqueur et le regard tombant d’un Droppy déprimé et gaspillant mes dernières forces à hurler sur les automobilistes klaxonnant dans la rue en bas de chez nous, Marie elle me répond que ce sera sans doute bien pire et que je devrais tomber malade plus souvent pour qu’elle s’entraine et que sa plus grande crainte est de m’imaginer vieux et malade, toussotant, crachant ses poumons sous les yeux amusés et les regards rieurs de ses petits enfants tout de joie à voir leur grand-père imiter un mélange de boxer baveur, de lama cracheur et de grizzly irascible. A la fois frustré et heureux de même pas arriver à leur reprocher quoique ce soit par amour grand-paternel.
Phrase qui me fait rire mais me fait aussi m’étouffer dans la foulée parce que, je vous le dit moi, essayez de rire un peu quand vous ne pouvez pas respirer et que votre nez est bouché comme les tuyaux des toilettes d’un restaurant indien à Goa après une soirée Curry, Lassi fermenté et eau croupie.
Comment vous dire alors à quel point j’admire Marie car j’aurais du mal à me supporter moi-même quand je suis malade et je pense que plus d’une m’aurait jeté par la fenêtre et m’envoyant le bureau en chêne dessus pour être sur de bien m’achever. Cette capacité à vous enchanter et manquer vous tuer à la fois. De vous épauler et de vous taquiner pour mieux vous énerver quand vous ne marchez pas et que vous courrez, il y a pas mieux pour vous aider à guérir vite. Mais cette patience de Marie n’est elle pas finalement une ruse psychologique pour que soit aussi patient lorsqu’elle tombe malade ? Ou quand elle croit tomber malade ?
Parce que si je suis exécrable quand je suis malade, une véritable hypocondriaque est pas mal non plus.
See you next week…
Les nouveaux misérables – En cuisine ! (Part 1)
Cosette rentrait de l’école absolument ravie. On lui avait demandé de faire un gâteau pour ses devoirs à la maison. Un gâteau à ce qu’elle voulait et ce qu’elle préférait, c’était le baba au rhum, sans doute influencée par la consommation massive de son père adoptif qui tournait à quelques 34 rhums arrangés par jour. Une dose qui aurait tué un bœuf adulte mais ébranlait à peine le masse de muscles formidable qu’était Jean Valjean.
Le choix du baba au rhum n’était pas non plus tout à fait innocent. La cave de la maison de la rue des Rosiers dans laquelle résidait la famille Valjean aurait fait pâlir de jalousie le plus actif des esclavagistes des Antilles Françaises qui lacéraient à l’époque le cuir de ses « employés » qui cuisaient au soleil pour l’enrichir en donnant leur vie et leur énergie. En ne parlant que du rhum et pas des grands crus, des centaines de tonneaux de merveilleux nectars de pirates venus de Tortuga et d’autres petites exploitations et distilleries remplissaient la cave du maître de maison.
Rien d’étonnant se dit Germaine la gouvernante de la maison quand elle entendit Cosette dire qu’elle voulait disposer de la cuisine et de quelques uns de ses précieux conseils. Il était en effet de coutume d’enseigner aux jeunes filles en même temps que les bonnes manières, quelques cours de cuisine histoire de ne pas passer totalement pour une tanche devant la cuisinière lorsque, devenue une maîtresse de maison à son tour, on devra lui ordonner de cuisiner des œufs au plat à 3h du matin juste comme ça pour déconner et user de son pouvoir de conasse condescendante.
Si bien que si la cuisinière pouvait faire la moindre erreur, on pouvait la lui rappeler et l’engueuler, la fouetter ou la frapper à loisir à grands coups de tisonnier brûlant dans la gueule parce qu’elle avait mis trop de sucre dans les cannelés ou laissé les jaunes des œufs au plat trop coulants. Il faut dire que les maîtresses de maison de la haute société parisienne avaient non seulement l’égo aussi démesuré qu’un immeuble new-yorkais par rapport à une mante religieuse mais elles possédaient un sadisme et un manque d’humanité et d’humilité propre à faire passer Himmler pour une cheftaine scoute et tant pis pour Baden Powell et l’anachronisme.
La seule chose qui inquiéta un peu Germaine était le coté brouillon et totalement impatient de Cosette. Elle se souvenait encore du cours de broderie qui lui avait été donné chez elle par la voisine, Madame Olga Poindekroy, la voisine germano-hollandaise et femme de l’ambassadeur du Canada qui était par chance une experte dans le domaine. elle avait lancé une collection de robes de soirée brodées pour animaux domestiques qui avaient fait un véritable four mais qui étaient d’une qualité de confection tout à fait remarquable.
Pendant son cours de broderie, la violence avec laquelle Cosette avait envoyé son ouvrage par terre avait littéralement effrayé le chat de madame Poindekroy qui miaulant d’horreur au moment ou les immenses aiguilles d’acier lui avaient transpercé de flanc, s’était jeté aveuglément jeté par la fenêtre du 4ème étage avant de s’écraser par terre et de se faire piétiner par 2 ou 3 calèches qui passaient dans la rue. Fort heureusement, ou intervention divine aidant, la bête était encore vivante et se remettait de ses blessures, plâtré de la tête aux pattes, sa maitresse ne le portant que pour qu’il puisse faire ses besoins naturels et laper et manger son mou. Jean Valjean avait du faire des pieds et des mains pour éviter que l’accident ne dégénère en incident diplomatique, le chat étant un animal, comme tout le monde le sait, aussi sacré chez les Germano-hollandais qu’il l’était chez les égyptiens au temps des pharaons. A ce détail près que les germano-hollandais ne tuent pas leurs chats pour en faire des momies et ne les enterrer dans leurs tombes. Ils préfèrent les empailler et les foutre sur la cheminée, ou bien les monter en abat-jour, c’est tellement plus élégant à côté du puzzle encadré de la vue du port de Saint-Jean Cap-Ferrat.
Aujourd’hui personne de l’extérieur ne devait aider Cosette dans ses travaux de cuisine. D’ailleurs, toute maitresse de maison ayant suivi les cours de cuisine à l’école en était resté à la théorie une fois leur mari épousé et pas une n’était en fait capable de faire réchauffer des spaghettis ou faire du pain perdu. Seule Germaine dans la maison était susceptible de l’aider et Cosette comptait bien là-dessus parce qu’elle n’avait pas écouté un traitre mot de la maîtresse préférant discuter avec Léopoldine Javert, la fille du commissaire Javert, des potins de l’école et rependre la rumeur que Monsieur Castagnette, le professeur de sciences-physique, avait une préférence pour l’un des garçons de la classe tout ça parce qu’il avait osé ne pas lui mettre la moyenne à son devoir et ne lui avait donné que 9,75. Heureusement, Germaine connaissait sur le bout des doigts la recette du baba. C’était l’un des desserts préférés de Jean Valjean qui en consommait jusqu’à en tomber à la limite du coma glycémique et Ethylique.
Cosette avait revêtu son tablier, s’était retroussé les manches et s’était installée à coté de Germaine qui réunissait les ingrédients. Un belle farine et la levure de boulanger, 4 œufs, du beurre, du lait, du rhum, des fruits confits, du lait directement tiré du pis de la vache ce matin même, du sucre et un peu de seul. Tout brillait merveilleusement dans de grands bocaux en verre et Germaine commençait à dicter ses instructions. La première opération qui consistait à mélanger la farine avec de l’eau tiède était simplissime, Cosette était ravie, elle se sentait une grande cuisinière mais lorsque Germaine lui dit qu’il fallait attendre 30 minutes après cette première opération, elle commença déjà à s’impatienter.
Elle demanda à Germaine ce qu’elle pouvait faire en attendant mais cette dernière lui répondit qu’elle n’avait pas trop le choix. Cosette sorti alors faire un tour, attrapa la télécommande de la télévision de la cuisine et mis MTV qui diffusait en boucle la téléréalité du moment : 6 mois à la ferme. Une émission où de jeunes adultes de la haute devaient s’adonner aux travaux manuels et devaient subvenir à leurs besoins sans que leurs parents ne soient là pour les aider.
Cette émission faisait scandale non pas parce les candidats traitaient les paysans comme des moins que rien et pleuraient au moindre ongle cassé mais parce qu’il faisait travailler des nobles et des nantis dans la nature ce qui était contre toute ordre logique et naturel es choses. Fascinée par le spectacle d’une jeune et jolie jeune femme couverte de boue et hurlant sur un paysan dont les yeux brulaient de lui coller sa fourche dans la tronche, Cosette en oubliait son baba au Rhum. Les 30 minutes étaient passées en un éclair.
Sans éteindre la télévision, elle rajouta alors à la pâte les œufs, le sucre, du sel, de la farine et du beurre mais en quantité tellement aléatoire qu’au moment de pétrir la pâte, elle lutta comme une forcenée pour la rendre bien souple. La consistance était à peu près celle d’un mortier solidifiée, Cosette s’étant complètement oubliée sur le beurre. Germaine lui dit que ce n’était pas très grave, que la pâte devait reposer 45 minutes et qu’on rattraperai ça avec un le rhum.
C’est que, par hasard, ou comme attiré instinctivement par le mot, Valjean entra dans la cuisine.
Il attrapa quatre tranches de cake aux raisins et pruneaux, un bol de crème fraîche, de la confiture de fraise, du peanut-butter, du sirop d’érable, du chocolat fondu et de la panure à Tempura et se prépara son petit goûter en tartinant les tranches cake avec le peanut-butter et la confiture, les trempa dans un mélange de crème fraiche et de chocolat fondu et enfourna le tout dans la panure avant de plonger le sandwich dans une marmite d’huile bouillante qu’il avait mise à chauffer et que Germaine avait utilisée pour faire du Fish’n'chips ce midi.
Sortant son sandwich de l’huile bouillante à mains nues et sans sourciller, sous les yeux interdit de Germaine, Valjean déposa sa préparation dans une grande assiette avant de la recouvrir de sucre glace et de s’installer à table, juché sur un tabouret, en demandant ce qu’elles faisaient de bon. Cosette répondit immédiatement: Un baba au Rhum !
Les yeux de Valjean s’écarquillèrent de plaisir. Il poursuivi d’un regard intéressé la recette tandis qu’à la télévision l’un des candidats était examiné par les services de secours et avait fait un malaise parce qu’une abeille s’était posée sur sa main et l’avait piqué. La solution la plus utilisée à l’époque pour une piqure d’abeille était un lavement. D’ailleurs, à l’époque, le lavement était une solution à tout. L’un des professeurs de Cosette avait une fois fait une mauvaise chute dans un escalier et avant le plâtrer, les médecins lui avait fait sept ou huit lavements histoire d’être certain de bien le guérir de sa fracture du poignet.
Le pauvre homme avait certes guéri et recouvré sa dextérité manuelle mais il avait tout de même perdu pas loin de 39 kilos et était passé au bord de la mort. Valjean se demanda avec justesse comment ce genre d’ânerie pouvait passionner Cosette et si la télévision n’était pas responsable de l’intellect de moineau mort que semblait quelquefois posséder sa fille. Las, le baba cuisait dans le four de la cuisine et venait le moment où il fallait le tartiner d’un sirop sucré au rhum. Ce moment était fatidique et il incombait à Valjean d’aller choisir le rhum idéal. Il se leva d’un bond et dit aux filles qu’il s’occupait d’aller en choisir un merveilleux. Il savait exactement lequel !
Germaine n’eut même pas le temps de dire à Valjean qu’elle avait déjà monté une bouteille que Valjean avait disparu dans la cave attiré comme une mouche par un pot de miel.
John Jeudmo La saga des marques 03
Plongez au coeur d’une grande surface d’énigmes. Essayez de déchiffrer les dessins insondables sortis de l’esprit malade de John Jeudmo, l’énigmateur dont même le nom de famille est un jeu de mot. Cette semaine, encore 4 marques à découvrir et pour vous y aider, 4 indices trop faciles : L’une des quatre marques à découvrir donne faim 5 minutes après l’avoir mangée, la seconde donne faim 10 minutes après l’avoir mangée, la troisième sert à aller chercher l’une des marques qui donne envie de manger 5 minutes après en avoir mangé et la quatrième fini le repas en beauté. A vous de deviner. Bon week-end !! … Lire la suite
Trash Heroes – Flash
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